Théâtraliser les textes pour développer les compétences en compréhension en classe de 6ème
Sabine Nicolet, professeur de lettres au collège Honoré d’Urfé (Saint-Etienne) et membre du LéA-IFÉ En scène pour comprendre en maths et français, partage une expérimentation de leur collectif proposant une alternative dans l’exercice de la lecture. Découvrez le déroulé d’une séance en classe de 6ème, les observations et les premières conclusions.
« En lecture, 60,4 % des élèves de troisième présentent une maîtrise satisfaisante (capables de lire 150 mots et plus en une minute) mais 16,8 % n’ont pas le niveau de lecture attendu en CM2 », affirme Le Monde du 09 juillet 2025. Il s’agit là d’une évaluation de technique de lecture, mais qu’en est-il de la compréhension ?
Le plaisir de lire naît de la compréhension. La technique de lecture, la fluence, dissocie l’exercice de lecture de la compréhension, et pourtant c’est bien la vitesse de lecture qui est évaluée en début de 6ème.
L’expérimentation que nous menons à travers notre projet LéA propose une alternative dans l’exercice de lecture. La théâtralisation met en place un dispositif bien structuré rassurant et ludique. Peut-être une piste de retour vers la lecture à la fois maîtrisée et plaisir ?
Dans un premier temps nous exposerons le déroulé d’une séance, puis les observations opérées sur deux classes de 6ème et enfin nous proposerons nos conclusions.
Dans un premier temps, les élèves sont installés dans la classe selon un dispositif traditionnel.
Pour notre expérimentation nous avons choisi d’étudier des contes modernes, issus d’un recueil de Pierre Gripari, Les Contes de la rue Mouffetard. C’est ainsi que « La Fée du robinet », « La Sorcière du placard au balai » ou « La Paire de chaussures » seront parmi les récits à découvrir.
Les consignes du nouveau dispositif sont présentées aux élèves. Ils liront individuellement, puis en groupe, échangeront leurs impressions sur l’histoire et les personnages et finalement se répartiront des rôles pour théâtraliser leur lecture.
Les élèves prennent connaissance individuellement du premier conte « La Fée du robinet ». Nous observons que lors de cette première étape, les élèves s’investissent sérieusement et semblent déjà se projeter dans le jeu à produire devant leurs camarades de classe. Cette étape dure une dizaine de minutes.
Elle est ensuite suivie du travail de groupe. Après plusieurs séances de lecture théâtralisée, les élèves connaissent les règles et l’étape suivante s’organise naturellement et dans le calme. Ils forment des groupes de 3 ou 4 élèves. La mise en route est immédiate, les échanges légers et pourtant constructifs, quelques rires discrets fusent. Finalement, de la mutualisation naît une compréhension plus fine. Nous sommes impressionnés par la richesse des échanges, par la facilité avec laquelle les élèves se répartissent les rôles et imaginent une mise en scène. L’enseignant n’a pas besoin d’intervenir. La dizaine de minutes s’est écoulée, les élèves sont prêts et surtout enthousiastes à l’idée de se produire devant la classe.
La restitution théâtralisée de la lecture collégiale se fait selon un ordre préalablement établi.
Les élèves prennent naturellement possession de l’espace, ils projettent sur la salle de classe un univers merveilleux en adéquation avec la lecture effectuée. Un placard devient un placard aux balais, le bureau du professeur un évier avec un robinet magique ou bien l’étal d’une sorcière-marchande, la porte d’entrée de la classe est celle d’une étude notariale. Cette capacité à s’approprier les lieux est observable dès la première séance. La familiarité des lieux est rassurante et permet cette mise en place créative et de restituer « grandeur nature » ce que le texte leur a dit.
La succession des théâtralisations du même extrait aboutit visiblement à une compréhension plus fine, chacune venant enrichir précédente. La mise en scène elle aussi s’étoffe des « bonnes idées » du groupe précédent, témoignant par là-même de l’écoute active de chacun.
Cet exercice s’est fait dans un enthousiasme renouvelé à chaque séance. Les plus timides sont parvenus à se faire une place dans la classe et à tenir un rôle qui les a, de fait, exposés aux regards de la classe et ce, sans difficulté apparente.
Après avoir expérimenté la théâtralisation, nous avons procédé à un échange avec les élèves afin de recueillir leurs impressions.
Tous se sont montrés enthousiastes et veulent renouveler l’exercice le plus souvent possible. Ils ont apporté des arguments observés par les enseignants, mais également d’autres plus inattendus.
Tous considèrent que la théâtralisation « c’est amusant et on comprend mieux », que « même les plus timides ont joué », « on s’entend mieux », entendre que cette pratique construit une meilleure cohésion de classe, « le temps passe vite », « ça nous donne envie de lire » « ça nous donne confiance en nous », « on apprend à parler devant la classe sans avoir peur ». Nous ajouterons que la lecture théâtralisée est une lecture de compréhension, qui apporte le plaisir de lire. Il ne s’agit plus d’un simple exercice technique de rapidité.
Ce bilan fait par les élèves est très juste. Pourtant, après une observation aussi idéale, il faut bien reconnaître que cette expérimentation se heurte à quelques limites.
En effet, ce dispositif, aussi pertinent soit-il, suppose d’accorder un temps bien plus conséquent à l’exercice de lecture. Il ne peut donc s’envisager systématiquement pour tout texte à étudier.
D’autre part, il nous semble difficile d’obtenir une telle adhésion au dispositif auprès d’élèves plus âgés. La cible serait donc bien celle du cycle 3.
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OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
dominiqueperrin (12 mai 2026). Théâtraliser les textes pour développer les compétences en compréhension en classe de 6ème. LE BLOG DU RÉSEAU DES LéA-IFÉ. Consulté le 18 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/167f2
